Pourquoi les sites d’info doivent s’inspirer de Wikipédia

March 8 2009 2 Commented

J’en suis de plus en plus persuadé : Wikipédia représente le seul modèle qui fonctionne pour l’actu en ligne. Quelques raisons pour vous convaincre.

Wikipédia, c’est un site d’actu. Ca va faire bientôt 3 ans que Wikipédia est le 1er site d’actu aux Etats-Unis. Une fois la breaking news diffusée, les internautes se tournent vers Wikipédia pour obtenir les infos de fond. En gros, Wikipédia est devenu une marque d’actu au même titre que USA Today ou l’AFP.

Vous me croyez pas ? Consultez les statistiques des pages en lien avec l’actu du moment sur WikiStats. (Ci-dessous, les hits sur la page francophone ‘Barack Obama’ en Novembre).

obamawikipedia

Wikipédia, c’est une audience réelle. Alors qu’on se bigorne pour savoir qui a la plus grosse audience entre le Fig et le Monde, Wikipédia peut se venter d’une audience massive et solide. Le temps passé sur le site tourne autour de 15 minutes par utilisateur et par mois – un chiffre comparable à ceux des sites d’actus. Différence de taille : Wikipédia ne gonfle pas ses chiffres avec des diaporamas, des pages qui se rechargent toutes seules, sans parler des manœuvres sous la ceinture.

Jetez un œil sur les courbes d’audience de Wikipédia US et du NY Times pour vous convaincre de la puissance de l’encyclopédie.

wikinytimes

Wikipédia, c’est de la pub potentielle. Même si les plus gros annonceurs rechignent à s’afficher sur les sites gérés par les utilisateurs, on peut estimer les revenus que génèrerait Wikipédia avec AdSense. On considère 7,000 Mds pages vues par mois, un taux de clic de 0,1% et un revenu par clic de 10 centimes. Total des courses : $8.5m de revenus par an. Pas énorme, mais les chiffres que j’ai pris représente le plancher de la fourchette. Une estimation au dessus de $100m n’est pas impossible.

Wikipédia, c’est un modèle profitable. Wikimédia dépense $4.6m par an. En reprenant les chiffres ci-dessus, on obtient une rentabilité de plus de 50%. Miam !

***

Quel rapport avec les sites d’info ? Après tout, Wikipédia reste un ensemble d’articles écrit par des amateurs autogérés ; on est loin des rédactions traditionnelles. Mais c’est prendre le problème à l’envers. Wikipédia est l’un des seuls sites d’actu qui fonctionne, reste à trouver les facteurs de succès. J’en vois 3 :

  • Communauté active et créative. Wikipédia, c’est avant tout un réseau social de la connaissance. Y contribuer, c’est rencontrer des internautes qui partagent vos marottes et avec lesquels vous pouvez débattre.
  • Système de modération autosuffisant.Des Wikipompiers aux procédures d’enregistrement, on est loin du flagging qui règne encore sur la plupart des sites.
  • Organisation dynamique des contenus. Un évènement a lieu? Plutôt que d’écrire un résumé du déroulement de la situation, les Wikipédiens rajoutent une section et mettent à jour les paragraphes existant. On gagne en lisibilité, tandis que les news addicts peuvent consulter l’historique de la page.

De leur côté, les rédactions d’aujourd’hui[1] peuvent offrir plus de valeur que l’encyclopédie sur 3 points clés :

  • Hyperlocal: Intégrer des articles qui n’ont pas leur place sur Wikipédia
  • Garantie: Modérer les contenus et éviter la diffamation
  • Prise de position: La neutralité de Wikipédia n’est pas du goût de tout le monde. L’engagement de certaines marques médias pourrait amener des non-Wikipédiens à s’engager dans la production de contenus.

Réunir ces 6 facteurs clés prendra du temps. Frédéric Filloux évoquait le mois dernier le besoin pour les sites d’infos de se doter d’un moteur de recommandation, à la Amazon, afin de faire profiter aux lecteurs des articles d’archive pouvant les intéresser, par exemple.

C’est un premier pas vers une organisation non-linéaire de l’information sur le web. Les sites d’actu en sont encore à empiler des briques d’articles les unes sur les autres, comme on les enchaîne sur des pages imprimées.

Amazon n’a pas conservé les réflexes traditionnels des libraires, en ne stockant que les titres les plus vendus ou en s’organisant en fonction de l’actualité littéraire. Plutôt que de copier en ligne les recettes de la Fnac, Amazon a redéfini la vente des livres et des produits culturels en centrant son offre sur le client. Reste aux sites d’information de faire le même travail.

Pour l’instant, les rédactions restent empêtrées dans des mentalités de papier (ou de télé). Les hyperliens, les vidéos ou les updates twittées ne représentent encore que des adaptations à la sauce web de processus anciens. Seul réel changement : l’utilisation de non-professionnels dans la production de contenus (et pas simplement la mise en vitrines d’articles, comme le fait Le Monde avec ses chroniques d’abonnés).

L’info en ligne reste en grande partie dominée par des modèles issus des médias traditionnels. En cause, la faible taille du marché et la structure aristocratique du milieu ; 2 facteurs qui découragent les geeks entrepreneurs. Mais je ne doute pas des modifications à venir – et Wikipédia est un bon modèle pour chercher de l’inspiration.

[1] Je parle des rédactions indépendantes, locales ou nationales, pas des géants du type AFP, BBC ou Al Jazeera, qui dominent l’actu chaude et dont les relations plus ou moins proches avec leurs gouvernements les mettent à l’abri des turpitudes du marché.

2 Responses to “Pourquoi les sites d’info doivent s’inspirer de Wikipédia”

  1. [...] 2.0 . Window on the media : Pourquoi les sites d’info doivent s’inspirer de Wikipédia ? Nicolas Kayser-Bril rappelle que Wikipédia est le premier site d’actu aux Etats-Unis. Et ses [...]

  2. [...] En mars dernier, j’écrivais que les sites d’info devaient s’inspirer de Wikipédia. [...]

Leave a Reply