Faire payer l’info en ligne ? Oui, mais faut savoir s’y prendre!

March 10 2009 one Commented

Il faut faire payer l’info en ligne ! Un vieux débat qui ressort sans cesse, souvent dominé par des considérations plus morales qu’économiques (voir Plenel pour une bonne tranche de rigolade, ou Aliocha pour une autre analyse plus idéologique qu’empirique).

Un article de David Carr a mis le feu aux poudres de la blogosphère US en janvier dernier. Il y expliquait que la gratuité ne pouvait rester un modèle pour les contenus en ligne. Frédéric Filloux importe le débat en français sur Slate.fr.

La meilleure contribution au débat vient de Lucas Grindley, malgré son très faible retentissement. Dans The fallacy of free, il explique que :

La plupart des articles écrits dans les journaux papier n’est lue que par une minorité de personnes. Tous ces papiers à mourir d’ennui sur le conseil municipal ? Sur le web, elles coulent complètement. Donnez-moi une bonne histoire de meurtre et les pages vues s’envolent.

Triste mais vrai.

Ce que je veux dire, c’est que de rendre certains papiers payants ne nuira jamais aux pageviews. Vous savez de quoi je veux parler puisqu’en en bons rédacs chefs, vous avez su identifier quels sujets ramenaient le plus de visiteurs.

Comment créer un abonnement

Les éditeurs qui pensent à court terme liront ce dernier paragraphe et vont décider de faire payer l’accès à tous les articles qui traitent du conseil municipal. Rien n’est si simple dans la vie.

Les journaux peuvent faire payer les articles sur la vie de la mairie SI ils en écrivent. C’est le paradoxe. Mais la raison est simple. Personne n’ouvrira son portefeuille pour un article de temps en temps. Après tout, votre audience pour ce genre d’article n’est pas seulement petite. Elle est aussi exigeante. Tous ces papiers à dormir debout sont publiés dans le journal parce qu’ils sont importants – pour quelques personnes.

[...]

Pour résumer, les contenus payants doivent s’adresser à des audiences de niche, pas à des audiences de masse. Et certaines niches sont prêtes à payer beaucoup pour une couverture spécifique.

Grindley sort de l’impasse dans laquelle les systèmes d’abonnements se trouvaient jusqu’alors. L’échec du NY Times ou du Parisien faisait dire que seuls les contenus à forte valeur ajoutée s’adressant à des gens très riches pouvaient être vendus (lire : WSJ.com)

La plupart des sujets politiques peuvent être vendus, que ce soit aux partis, aux administrations ou aux autres médias. Même chose pour la couverture de sujets tels que la culture ou l’international.

Faisons le calcul. Un abonnement à 20€/an pour un thème donné revient à payer un journaliste à temps plein pour couvrir ce domaine. Disons que le journaliste coûte 50 000€ par an à sa rédaction et qu’il travaille 80% du temps sur des articles de niche. Il faut trouver 2000 abonnés pour arriver au point mort. Est-ce que Le Progrès ne peut pas trouver 2000 personnes prêtes à payer pour avoir 1 ou 2 articles par jour synthétisant la vie politique de l’agglo lyonnaise ?

Mais pourquoi ne pas simplement ouvrir un site de niche complet ? (comme par exemple Transport Topics Online – 100$/an -, qui ravit tous les professionnels du transport routier) Parce que l’expertise des journalistes assignés à un sujet peut être utilisée pour des articles à destination des masses. Imaginez le nombre de visites qu’engendrerait un article du type ‘3 conseillers municipaux arrivent complètement ronds aux délibérations’ (si en plus il y a une vidéo… :o) ).

J’ai vu hier, à Belgrade, ce modèle en application. L’année dernière, le Balkan Investigative Reporting Network, qui publie Balkan Insight.com, a été sommé par les mécènes qui le soutiennent de trouver une source de revenus. Plutôt que de tout miser sur la pub ou sur les abonnements, BIRN a placé certains de ses articles de fond derrière un paywall tout en démarrant une section d’actualité en continu pour attirer du monde.

Aujourd’hui, Balkan Insight compte 100,000 visiteurs uniques par mois mais aussi quelques centaines d’abonnés qui rapportent 40 000€ par an et couvrent 20% des frais de fonctionnement du réseau (qui fait surtout de la formation, en plus de l’investigation).

Tout ça va faire plaisir à Emmanuel Parody, l’apôtre des modèles mixtes, qui prévoyait dès 2007 ;) un retour du payant.

One Response to “Faire payer l’info en ligne ? Oui, mais faut savoir s’y prendre!”

  1. Emmanuel says:

    haha merci pour la remarque. Effectivement ca m’amuse beaucoup et je partage l’analyse.

    Reste un aspect minoré, ça tombe bien c’est la question que j’ai déjà posée à Mediapart et que je poserai demain à Plenel (Salon du Livre – emission France Culture 11h). Le payant c’est aussi le problème du coût d’acquisition de l’abonné, à des années lumières du coût d’acquisition du lecteur d’un site gratuit (lecteur qui n’est pas gratuit comem on pourrrait le croire). Pour ça il faut prévoir de sérieux investissements ce qui implique que le budget ne soit pas entièrement dépensé au niveau de la rédaction. Ca implique aussi qu’on est encore loin de pouvoir imaginer que les recettes couvriront le salaire du journaliste.