Des rédactions sans dinosaures, c’est comment?
Le mois dernier, mes blogueurs préférés annonçaient une guerre prochaine entre jeunes et vieux dans les rédactions (à lire chez Narvic, Philippe Couve, Eric Scherer et Pierre France).
Matúš Kostolný, rédacteur en chef de SME (Slovaquie)
Depuis maintenant plus de 3 semaines, je vadrouille à travers les médias des pays post-socialistes. Je visite des salles de rédactions sans aucun dinosaures.
Normal: la plupart des têtes ont été coupées entre 1989 et 1991. Les journalistes communistes, malgré leurs qualités de raconteurs d’histoires, restaient les portes-voix des régimes locaux.
J’ai rencontré des journalistes de 20 ans, des chefs de services de 30 ans, des cadres sup’ à peine plus âgés… et seulement 3 personnes aux cheveux poivre et sel: un Français et 2 managers.
La jeunesse permet-elle de faire tourner une rédaction? Oui, mais...
C’est vrai que sans les vieux cons qui bloquent tout, les projets progressent beaucoup plus vite. Chez Respekt, à Prague, Adam Javurek a par exemple pu expérimenter librement alors qu’il n’avait pas encore son diplôme. Essayez de trouver une telle liberté en France.
A Bratislava, chez SME, le chef du service international, Mirek Tóda (28 ans), m’a affirmé comme une évidence que le web était l’avenir du journal.
Pourtant, tout comme en France, les jeunes ne sont pas tous de grands adeptes du changement. Gazeta Wyborcza, à Varsovie, résiste par exemple à l’intégration des activités print et online. Les rapports entre les 2 rédactions restent des plus distants, comme le disait Benoît Raphaël en juillet (c’est toujours comme ça – je prépare un article sur Agora pour bientôt!)
Même chose chez Verslo žinios, le Financial Times de Vilnius. Les éditeurs web et print, 60 ans à tous les 2, ont beau n’être séparés que de 3 mètres, les 2 équipes se font régulièrement concurrence et se montrent incapables de travailler ensemble.
Pour faire avancer les rédactions, on utilise parfois les mêmes carottes qu’en France. SME distribue par exemple des N95 à ses journalistes, à conditions qu’ils rapportent des vidéos à la rédaction. Une stratégie qu’avait déjà mis en place Le Figaro.
D’un autre côté, le départ des vieux a eu 2 conséquences négatives:
► Perte d’expérience
Tous les interviewés le disent: la vieille génération possédait un savoir-faire malgré ses tares idéologiques. La qualité médiocre des journaux Tchèques, par exemple, peut être en partie attribuée à l’inexpérience des journalistes.
► Tension du marché du travail
La vieille garde partie, les rédactions ont besoin de sang neuf pour tourner. Tout le monde embauche depuis 10 ans à tour de bras en Tchéquie, Slovaquie, Pologne et Lituanie, à tel point que toute personne sachant écrire se voit offrir un contrat de travail par un journal ou magazine.
A ce rythme, on ne trouve plus personne pour commenter la société par une autre fenêtre que les médias traditionnels et intégrés au système. La faible influence des blogosphères locales semble s’expliquer par cette pénurie de journalistes.
L’absence de dinosaures aux manettes des rédactions permet aux jeunes de réaliser leurs idées. Mais ce facteur reste négligeable comparé à:
- l’enthousiasme des équipes – les projets les plus réussis que j’ai vu jusqu’à présent restent ceux des start-ups post-communistes, comme SME et Agora. Toutes 2 conservent le dynamisme qui les a fait naître lors des révolutions.
- le capital. Les investissements web passent beaucoup mieux quand on est soutenu par des groupes aux poches profondes. Les miracles de Tomas Bella à SME doivent beaucoup à Verlagsguppe Passau (€457m de chiffre d’affaire en 2006, soit un peu plus de 6 Libération). Agora, de son côté, a récupéré $93m (€77m à l’époque) en 1999 en entrant en bourse.
Rien de nouveau sous le soleil. Les entreprises de presse qui marchent dans la nouvelle Europe ressemblent à n’importe quelle entreprise qui marche en France. En développant des idées et en gérant du capital, elles arrivent à produire des contenus d’info. Tout simplement.

Ah merci pour la citation, je suis honoré de faire partie de vos blogs préférés !
Si vous croisez encore Matus Kostolny, svp, donnez lui un bonjour de ma part. On se connait bien, on a visité les USA (à l’invitation du State Dpt) pendant trois semaines en 2005 et on s’était bien marrés à l’époque. Je suis heureux d’apprendre que c’est lui le chef à présent !