Ca sent la bière (dans la presse)
Prenez un produit symbole de la massification et de la modernité, qui fit la fortune des investisseurs du milieu du 20e siècle. Mettez-le maintenant dans une société postmoderne, où la personnalisation prime sur les économies d’échelles: Le modèle s’effondre, les ventes chutent et les salariés sont dégraissés.
On parle de la presse? Non, de la brasserie. Un marché où les acteurs se sont réorganisés sur des modèles différents – et rentables – depuis les années 1990. (Marché du reste bien connu des étudiants en marketing, le populisme de certains profs les poussant à travailler sur des produits djeun’s).

Je n’essaie pas de dire que les groupes de presse devraient se lancer dans la micro-brasserie ou qu’ils n’ont pas évolués depuis les années 1900. Mais les grands brasseurs se sont tous remis en question dans des marchés mûrs, voire saturés. Tous savent que leurs profits ne peuvent plus provenir de la lager standard et des stratégies de volume, mais bien de leur capacité à faire monter des bières en gamme (abbayes, artisanales etc.) pour concurrencer le vin, pouvant être vendu, lui, à plus de 8€ le litre.
Cette prise de conscience manque dans la presse. Le modèle du quotidien n’est peut-être pas mort, mais il ne peut assurer la rentabilité d’un groupe. Les consommateurs dépensent de plus en plus pour les médias. Aux éditeurs de proposer des formats à forte valeur ajoutée, capables de financer le reste de leurs activités. La presse doit inventer le journalisme artisanal et les micro-éditions (on se passera juste du journalisme d’abbaye).
(D’après une idée de Victor, qui réagissait à l’interview de Laurent Beccaria.)
UPDATE 13/09: Narvic, qui lit décidément de très bon blogs
pointe vers ce post en disant que “les brasseurs industriels se sont adaptés à des conditions de marché qui ont changé”.
Je pense qu’à côté des brasseurs industriels, les autres acteurs du marché de la bière ont évolué. Les consommateurs ont clairement changé leurs préférences (sans intervention de la pub), en accord avec leurs mode de vie (bière à table, bière rares etc.)
Dans le cas de la presse, même les consommateurs ne savent pas quoi demander. Ils étaient nombreux à cracher sur les gratuits lors de leur lancement: 20minutes est désormais le 1er quotidien français. Tout le monde lit des blogs, mais il est de bon ton de les considérer comme peu fiables. L’idée qu’il faut lire un journal plein de texte en format berlinois pour pouvoir se dire bien informé nuit énormément à l’évolution du marché.

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